samedi 26 juillet 2008

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Tatouage

Le tatouage était une marque de beauté qui faisait partie des exigences sociales. Il était plus important pour un homme que pour une femme d'être tatoué. Depuis toujours la valeur esthétique du tatouage a séduit les Polynésiens.

Le tatoueur, un prêtre-artisan

Le tatoueur est à la fois un prêtre et un artisan. Du second, il doit avoir l’habileté, du premier, il doit être investi d’assez de pouvoirs pour s’autoriser à verser le sang et à être la “mémoire” des motifs. Les tatoueurs utilisaient des peignes en os ou en écaille de tortue aux dents aiguës, fixé à un manche. Ils posaient cet instrument sur la peau et l'enfonçait avec l'aide d'un petit maillet. Des fruits gras étaient consumés pour obtenir la suie qui servait de colorant après avoir été diluée à l'eau.

Le tatouage aux îles Marquises, te patu tiki

L’art du tatouage est intrinsèquement lié à la culture marquisienne. Il traduit « ce qu’il y a de plus profond dans l’Homme » ; aux Marquises, c’est la peau qui fait l’enata (l'humain) et le rend mortel non simplement esprit. Elle est son image et l’expression de son identité. Le tatouage avait été transmis par les anciens, des ancêtres divinisés, et l’on devait s’en montrer digne, s’y préparer physiquement et psychiquement. Détourner cet art, et ses motifs, de leur destination originelle, c’était assurément risquer leur courroux.

Une valorisation de l’individu

Le tatouage participe à une valorisation de l’individu qui transparaît tout particulièrement dans la diversité des motifs et les possibilités de variantes au sein d’un cadre formel. Ces tracés sont à l’image d’une société où l’individu, doté de multiples noms, est unique et indispensable, maître d’un savoir et donc d’une forme de pouvoir dont le groupe a besoin et dont il ne saurait être privé sans dommages, sans qu’il soit porté atteinte à sa propre intégrité. L’union, l’équilibre, la différence harmonieuse et la force du nombre font partie des thèmes importants traduits par le tatouage.

Un rite de passage

Lors de la reconnaissance sociale de l’individu, vers l’adolescence, celui-ci était nommé à la fin d’un processus de formation et de marquage s’apparentant à une naissance et sanctionné précisément par la fête de présentation des tatouages ; il était ainsi identifié par la communauté à laquelle il appartenait désormais pleinement en tant qu’homme ou femme à part entière. Cette identification se manifestait concrètement par l’image inscrite sur son corps, et qu’avaient choisi ceux qui connaissaient le sens profond de ces représentations.

La preuve d’un accomplissement personnel

Si toute personne naissait avec un acquis lui venant de sa famille, sa place dans la société n’y était pas définitivement figée mais encore largement déterminée par l’accomplissement personnel, et celui-ci se trouvait superbement révélé par le tatouage. La femme, habituellement moins tatouée que l’homme, pouvait dans des cas exceptionnels l’être tout autant. Elle semble avoir occupé une place plus avantageuse par le passé que celle relevée par les Occidentaux au XIXe siècle.

Une barrière protectrice

Intimement lié aux grandes étapes de la vie, le tatouage était gage de succès, de reconnaissance sociale et d’admission dans le clan. C’était à la fois un droit d’entrée dans le monde des Hommes, des enata et une barrière protectrice contre les influences maléfiques, un renforcement de la peau et du corps par des motifs choisis pour leur pouvoir symbolique mais aussi esthétique. Il protégeait l’individu de la maladie, de la perte de son énergie interne et proclamait son identité.

Signe protecteur et aussi marque profonde d’une affirmation identitaire, d’une volonté de survie et de reconnaissance, le tatouage est réapparu dans les années 80, au moment où l’archipel marquisien et la Polynésie, à la veille du troisième millénaire, abordaient un nouveau seuil et réinvestissaient leur patrimoine culturel.