samedi 26 juillet 2008

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ville de Papeete
   
Papeete

Papeete est une petite capitale, jeune, de modeste superficie (17, 4 km2), séduisante à sa manière ! Son nom est souvent mal prononcé car on oublie qu’en Tahitien aucune lettre n’est muette et que “e” se chante “é”. Mais qu’importent les maladresses de langage, Papeete, c’est Tahiti et Tahiti, c’est l’île de rêve, l’île où, dit-on, il fait si bon vivre.

Autrefois, les indigènes descendaient des vallées pour s’approvisionner en eau fraîche dans la petite rivière Papeete. Ils remplissaient leurs calebasses qu’ils plaçaient ensuite dans des paniers tressés . Le nom de ces “corbeilles d’eau” deviendra plus tard celui de la cité dont rien n’avait laissé présager la naissance sur cette plaine marécageuse, étroite et presque inhabitée qui fait partie de Pare, un fief des Pomare. Son seul avantage est de donner sur une baie superbe, vaste et tranquille pourvue d’une large passe qui s’ouvre sur l’océan.

Au XVIIIe siècle, aucun découvreur, qu’il s’appelle Wallis, Cook ou Bougainville ne s’intéresse à cette rade protégée de la houle et des vents dominants. Par contre, dès 1790, les baleiniers viennent y jeter l’ancre : l’endroit est sûr et les aiguades abondantes et accessibles. De plus, les indigènes sont prêts à échanger nourriture contre clous et outils. Ce n’est qu’en 1818, le 14 avril, qu’un missionnaire de la London Missionary Society décide d’installer sa paroisse sur cette bande de terre peu hospitalière qui s’anime, à chaque passage de bateaux, d’étrange façon, aux yeux de ces pasteurs qui, depuis vingt ans, s’évertuent à prêcher la bonne Parole et les bonnes Mœurs. La LMS considère donc de son devoir de régenter sévèrement échanges et contacts entre marins et indigènes.

William Crook, qui n’a pas de paroisse attitrée, après avoir installé sa famille - il a sept enfants - sur les hauteurs de Faiere, au Mount Hope, choisit le lieu dit Paofai, en bord de mer. Deux fare sont construits aussi rapidement que possible, l’un sera Temple et l’autre École. Ce village naissant, baptisé Wilk’s harbour se peuple rapidement de curieux puis de sympathisants, d’autant que le roi Pomare II semble se convertir à la nouvelle religion. Il délaisse de plus en plus souvent sa résidence de Papaoa, à Arue, pour celle de Motu Uta, cet îlot qui ponctue si élégamment la courbe de la Baie. Là, il travaille à la traduction de la Bible. Il se rend régulièrement au culte, le dimanche et bon nombre de ses sujets suivent son exemple. Des cases précaires se multiplient autour du temple, de l’école de cet hôpital de fortune, de toutes ces constructions qui se révèlent déjà trop petites. Plus loin, quelques tavernes narguent la mission, accueillant les marins et les indigènes séduits par ces nouvelles boissons.
Après le baptême du roi célébré à Arue en 1819, la paroisse de Papeete est officiellement créée, et doit assurer un service religieux, en anglais, à l’usage des marins des baleiniers ou des bateaux de commerce, qu’il serait bon de ramener à plus grande vertu ! C’est autour de cet établissement missionnaire que se constitue petit à petit la future ville que l’on n’appelle plus Wilk’s harbour ou Hope town mais Papeete du nom de la rivière qui, avec la Vaihi, arrose cette terre marécageuse.

En 1824, la LMS, sans abandonner totalement Moorea, s’installe aussi à Paofai. Trois ans plus tard, la jeune Aimata succède à son frère Pomare III prématurément décédé et vient habiter Papeete dans une maison construite pour elle... près de la mission ! Peu préparée à assumer ce rôle de souveraine qui lui tombe du ciel, elle donne du fil à retordre à ces missionnaires imprévoyants ! Elle a 14 ans, aime la vie et ses plaisirs. Quelques années suffiront à Aimata- Pomare IV vahiné pour que son corps prenne une allure royale et imposante et que le côté léger de son caractère laisse place au fond solide de son tempérament. Le code Pomare, adopté en 1819, demandant à être revu et corrigé, la nouvelle Assemblée législative tahitienne qui rassemble tous les chefs de l’île se réunit pour la première fois au temple de Paofai, prouvant ainsi que la nouvelle bourgade est bien le chef-lieu du royaume. Parmi les pasteurs qui entourent ou plutôt surveillent la Reine, un homme exerce très vite une influence particulière sur la jeune femme.
Il se nomme George Pritchard. En plus de son ministère pastoral, il représente l’Angleterre lorsqu’il faut traiter avec les navires britanniques ou servir d’intermédiaire entre les autorités tahitiennes et les résidents anglais de plus en plus nombreux à commercer avec les îles. Un certain Jacques -Antoine Moerenhout, établi à Papeete depuis1830, est nommé consul des Etats-Unis en 1835, Pritchard intervient alors auprès de la Reine pour qu’elle demande au Foreign Office la même attribution consulaire. En 1837, George Pritchard est nommé consul de Sa Majesté Britannique. Ces deux notables qui ne s’aiment guère, habitent l’un à l’ouest de la baie, près de la mission, et l’autre à l’est ! Les deux maisons sont parmi les plus grandes construites près de la mer.

Pomare IV, revenue à des sentiments plus sages est fidèle au culte du dimanche et partage l’inquiétude des missionnaires et des chefs, impuissants à réduire la débauche qui règne sur le front de mer. La protection d’un gouvernement européen semble être la seule solution : protection anglaise, demande Pritchard, française, suggère Moerenhout.
L’expulsion, en 1836, de deux Pères catholiques français débarqués des îles Gambier pour prêcher à leur tour l’Evangile à Tahiti, déclenche une série d’évènements qui aboutiront, non sans peine, à la signature du traité instaurant le Protectorat français sur l’île de Tahiti le 9 Septembre 1842. L’amiral du Petit-Thouard est allé vite en besogne ! La France, qui ne lui a donné aucune instruction ne le désavoue cependant point. Et Moerenhout, devenu entre temps consul de France est tout à fait satisfait ! Papeete, qui compte déjà plus de 1000 habitants, est alors une charmante bourgade qu’Herman Melville découvre en octobre 1843. “Rangées en demi-cercle autour de la baie, les élégantes demeures des chefs et des résidents étrangers donnent à ce site un air de raffinement tropical que viennent encore confirmer les palmiers qui se balancent ça et là, et à l’arrière-plan, les bouquets vert sombre des arbres à pain. Les hideuses huttes des petites gens ne sont pas visibles, et aucun objet ne vient rompre l’harmonie !”

Voilà une cité qui sait bien faire la différence entre les notables et les humbles, entre les riches et les pauvres, entre les natifs et les autres ! Elle a retrouvé un certain calme depuis qu’une prison punit les fauteurs de trouble ! La promenade, le long de la plage, est agréable comme celle de la route intérieure appelée “Broom Road” qui, balayée régulièrement, sert de frontière entre le côté mer aéré et le côté montagne plus chaud. Quelques débarcadères facilitent le déchargement des marchandises. Le restaurateur Brémond en possède un ! Quant à la Reine, elle a déménagé pour le bord de la rivière Papeete et sa "Case" hébergera le nouveau gouverneur des Établissements Français d’Océanie, le capitaine de vaisseau Armand Bruat, dont une des missions est de fonder une capitale digne de ce nom. Ce dernier impose le site de Papeete à ceux qui lui auraient préféré Matavai, lieu historique ou Port Phaeton. Ses arguments sont simples : Papeete est déjà un centre reconnu, pratique et la rade offre trop d’avantages : protégée des vents, elle est aussi facile à défendre.
Les choses vont être rondement menées ! Les marins, les soldats de l’infanterie de marine et 63 ouvriers qualifiés, débarqués de l’Uranie, feront les travaux d’aménagement de la ville sous l’œil du Capitaine Raimbault qui en a conçu le plan. L’insurrection de 1844 nécessite la mise en place de deux batteries, l’une face à la grande passe et l’autre sur l’îlot de Motu Uta ; des fortifications barrent la plaine littorale à l’ouest comme à l’est. Le nom de l’actuelle « rue des Remparts » en est le souvenir. Pour loger les troupes, on construit des casernes, pour les officiers des logements, pour les ouvriers civils le “Village de Ste Amélie”. Le gouverneur Bruat s’installe enfin dans son hôtel préfabriqué à Paris et monté à Papeete. Les bâtiments administratifs occupent l’espace situé entre les deux rivières, la Papeete et la Vaihi .

Les premières fondations de l’hôpital Vaiami sont posées ; en attendant, on peut se faire soigner à l’hôpital de Motu Uta. On envisage de créer un quai contre lequel pourront s’abattre les navires. L’arsenal et la cale de halage de Fare Ute ont bonne réputation. Des jardins installés par la troupe ou ar des civils fournissent des légumes européens, des magasins se montent en même temps que se multiplient les maisons particulières.
Le “Broom” est élargi et change de nom, d’abord rue Louis-Philippe, puis rue de Rivoli . Depuis 1847, une imprimerie du gouvernement édite un hebdomadaire dominical « le Messager de Tahiti ». L’école des Sœurs catholiques, dès 1845, a ouvert ses portes à quelques rares élèves dans le quartier Paofai, décidément voué à l’éducation religieuse !

Les successeurs de Bruat, qu’ils s’appellent Lavaud, Bonard, Page ou Bouzet poursuivent cette oeuvre d’aménagement et d’embellissement de la ville. Des rues sont tracées, perpendiculaires ou parallèles à la mer. La plus animée est sans nul doute la rue de la Petite Pologne, aujourd’hui rue Gauguin. Les constructions en bois vieillissent mal et sont petit à petit remplacées par des bâtiments en dur. On utilise le corail qui, chauffé dans des fours, donne une chaux appréciable. Enfin on fabrique des briques en plusieurs endroits qui assurent une solidité plus durable aux bâtiments nouveaux ou reconstruits. De cette époque, il ne reste aujourd’hui pas grand chose : l’hôpital Vaiami, le bâtiment de la Marine et le CESC qui se veut être une réplique de cette grande caserne transformée plus tard en bâtiment des travaux publics. Les terrains marécageux sont assainis en particulier de part et d’autre de la Papeete.
La vie, dans cette cité en pleine transformation, est agréable. Le commerce prospère, les bateaux apprécient les services que leur offre Fare Ute, les quais sont très animés, les entrepôts remplis d’oranges que l’on exporte sur la Californie, et de barils d’huile de baleine. La population voit, sans regret aucun s’effondrer les anciennes fortifications. Les magasins regorgent de nouveautés auxquelles les élégantes « demies » ne résistent guère. Le marché est ouvert de 6 heures du matin à 6 heures du soir ; on y trouve des légumes, des fruits, des volailles, du poisson et de la viande de boucherie. Non loin de là, Sosthène Drollet vend de la glace, de la limonade et sa fameuse gelée de goyave ! Les “Dames de Cluny” en 1857 dirigent l’Ecole publique de filles de Papeete et trois ans plus tard les garçons peuvent suivre les cours dispensés par les Frères de Ploërmel. Les jeunes protestants doivent attendre l’arrivée de pasteurs français.
En 1864, François Atger et Charles Vienot organisent les premières classes. Autant d’écoles, autant de constructions nouvelles !

Dans la ville, deux chantiers occupent les conversations ; celui de la cathédrale dont la première pierre a été posée en 1855 (elle mettra vingt ans à sortir de terre) et celui du palais de la Reine sur la place Tarahoi dont le nom rappelle le marae ancestral des Pomare à Arue.

Lorsque William Stuart installe sa plantation de coton à Atimaono en 1864, il ne trouve pas sur place la main-d’œuvre nécessaire ; il fait venir des coolies de Chine qui, à la faillite de la plantation, doivent se débrouiller pour survivre ou retourner dans leur pays. Ceux qui restent deviennent commerçants ou maraîchers. Petit à petit ils acquièrent les terrains qui entourent le marché, bâtissent des immeubles en bois d’un nouveau style : magasin en bas, habitation à l’étage. Dans ces boutiques chinoises, Pierre Loti observe les marchands qui “ vendaient à la foule du thé, des fruits et des gâteaux. Il y avait sous les vérandas, des étalages de couronnes de fleurs, de couronnes de pandanus et de tiare qui embaumaient ; les Tahitiennes circulaient en chantant ; quantité de petites lanternes à la mode du Céleste Empire éclairaient les échoppes ou bien pendaient aux branches touffues des arbres.”

Papeete est une jolie petite ville coloniale dont la population apprécie les travaux d’embellissement : la place du marché est ombragée par un toit, des arbres ont été plantés sur la place du gouvernement, et, ô merveille ! un kiosque à musique couvert de verdure, de lianes reçoit la fanfare tous les jeudis.

Atteinte d’une lésion au cœur, Pomare IV s’éteint le 17 septembre 1877. Son fils de 38 ans lui succède. Pomare V, Roi des îles de la Société et dépendances signe, le 29 juin 1880, l’acte de réunion de son royaume à la France. L’année suivante, Pomare V « revêtu d’un uniforme étincelant de broderies d’or », inaugure le premier Tiurai. Papeete est en liesse comme au temps où l’on célébrait l’Empereur des Français, chaque année au 15 août !
23 juillet 1884, c’est la consternation : un incendie a dévoré le centre commercial de la ville « Treize magasins ont été la proie des flammes », peut-on lire dans le journal l’Océanie française, « et quatre autres ont souffert des dommages considérables ». L’Administration doit proscrire toute nouvelle construction en bois dans le centre de la cité, interdire aussi les toits de pandanus, devenus bien rares depuis que le style des habitations s’est modernisé ou plutôt "européanisé" !

En 1890 Papeete devient commune. Celle-ci semble avoir rapidement effacé le souvenir du sinistre. Henry Adams, de passage à Tahiti, écrit dans une lettre du 6 février 1891 : “ La petite ville, empreinte de légère bizarrerie provinciale française, est vraiment délicieusement jolie, avec ses rues ombragées de grands arbres, le long des parapets qui bordent la mer. De coquettes goélettes, par deux ou trois, sont halées au sec, poupes et proues contre ce parapet . De temps en temps, quelqu’un passe, conduisant parfois un poney attelé à un cabriolet ou une carriole. Le calme règne, interrompu seulement par les appels réguliers d’une frégate “.

Un malheur n’arrivant jamais seul, en 1906, un cyclone détruit la moitié de Papeete : les quais ont été arrachés, l’arsenal a disparu ainsi que la cage de halage, les bâtiments du port, de la police, des contributions, de la poste et le lazaret de Motu Uta. La population, qui atteint les 3600 habitants, s’active pour tout remettre en état : il y va de l’économie de l’île toute entière. Mais la série noire continue. La guerre est à peine déclarée entre la France et l’Allemagne, que deux croiseurs ennemis bombardent la ville. Le 22 septembre 1914, le quartier du marché est durement touché. En 1918, Tahiti n’a pas le temps de fêter la victoire : une terrible épidémie, la grippe espagnole s’abat sur l’île : 600 personnes, rien que pour la ville, ont succombé à la maladie.
La commune panse ses plaies et la vie reprend, paisible, heureuse en somme! On rénove bien sûr, on reconstruit sans aucun plan d’ensemble d’urbanisation ! On abat les arbres pour élargir les rues et faire passer les fils du téléphone et de l’électricité, les constructions poussent dans un aimable désordre ! Heureusement, quelques maisons en bois, bâties sur pilotis gardent leur cachet le long de la plage.

La population augmente rapidement (8436 habitants en 1936), la Capitale exerce une telle fascination sur les gens des îles ! Papeete s’étend, s’étire, prend ses aises bien au-delà de la rue de Rivoli, de cette route de ceinture qui entame le tour de l’île. Escale de rêve pour les touristes qui voyagent à bord des paquebots, le centre-ville crée des hôtels et des restaurants sympathiques, des boutiques de curios mais le marché reste ce qu’il y a de plus animé, de plus authentique.

À la fin de la deuxième guerre mondiale, Papeete se modernise, le trafic des vélos, des solex, des scooters et des automobiles est intense à certaines heures. On construit, en dur, lycées et collèges, la Poste s’agrandit, se modernise, les Chinois, qui monopolisent le commerce, donnent dans le Monoprix et le Supermarché. Les premiers touristes apprécient le Quinn's, le Col Bleu, le Lido, tous ces hauts lieux de la musique et de la bringue tahitienne. Trois événements vont accélérer irrémédiablement la modernisation de Papeete entraînant avec eux leur lot de perturbations, de bouleversements dont personne alors ne peut mesurer l’importance, voire la gravité. Le premier, en 1960, a des allures de cinéma. La Metro Goldwin Mayer tourne sur l’île “ Les mutinés de la Bounty “ ; elle recrute des figurants, plus d’un millier, une main d’œuvre locale qu’elle paie bien et loue pour son personnel des logements dont les loyers ont singulièrement augmenté, car les propriétaires ont appris que les employés américains avaient droit à une prime de logement ! Le second, qui va sortir Tahiti de son isolement géographique, est la création de l’aéroport international, inauguré le 5 mai 1961. Une piste de 3416 mètres a été construite dans le lagon de Faaa sur un plateau corallien immergé. Le troisième, et non des moindres, est l’implantation du Centre d’Expérimentation du Pacifique (C E P) en 1962. 15 000 personnes débarquent à Faaa : militaires, fonctionnaires, techniciens, et l’on embauche localement, dans les îles, une nombreuse main d’œuvre.

La ville éclate de besoins nouveaux en logements, routes, aménagements portuaires ; jusqu’en 1968 elle est en perpétuel chantier. Le vieux port de Papeete disparaît engloutissant avec lui Motu Uta, des remblais et terres-pleins couvrent d’immenses superficies dont s’emparent immédiatement les hangars de manutention et les entrepôts. La passe ayant été agrandie, le port autonome désormais de classe internationale, connaît un trafic sans précédent.
Le paysage urbain change. Sur les collines environnantes se bâtissent des maisons, des villas, souvent cossues qui ont vue sur Moorea, possèdent piscine tandis que, plus bas dans les vallées, s’amorcent les premiers quartiers modestes et parfois insalubres. Dans le centre ville, on rénove : le Palais de la Reine est démoli et remplacé par l’Assemblée territoriale qui donne sur la résidence du Gouverneur. Ces deux bâtiments d’un style nouveau assez réussi s’harmonisent avec ceux de l'OTAC et de l’OPATTI de même architecture.

On circule maintenant sur deux voies le long du front de mer et les feux s’allument impitoyables. Les immeubles, en mal d’espace, montent à la verticale; un centre commercial voit le jour, qu’il vaut mieux atteindre à pied qu’en voiture car les parkings étant rares, se garer est un exploit. Que dire de la circulation qui, d’année en année, se complique, imposant des embouteillages qu’il faut apprendre à supporter avec philosophie. Papeete est devenue, en effet, la cité administrative par excellence, la cité commerciale, la cité ruche où tout le monde vient travailler des communes voisines et sa population double le jour.

En 1987, la Municipalité inaugure un nouveau marché, plus grand. Sa structure métallique, harmonieuse, surprend mais ne change en rien l’atmosphère animée et colorée de ce lieu de rencontres qui, pour la première fois, a consacré un étage à l’artisanat. Les Tahitiens s’y sentent chez eux et les touristes y trouvent l’exotisme et l’authenticité dont ils rêvent. La Mairie en 1990 devient Hôtel de Ville. C’est la fidèle réplique du Palais de la Reine dont les dimensions ont été adaptées aux besoins du jour.
Quelques arbres du jardin gardent le souvenir des anciens bâtiments. Plus récemment le front de mer, depuis le square Temarii Teai jusqu’au monument Charles de Gaulle, a été aménagé pour redonner à la population cet espace de promenade tranquille qu’il n’aurait jamais du perdre. Ainsi les passants peuvent rêver d’aventures et de voyages devant ces yachts qui se balancent au gré de la houle tandis que, dans la rade, les bateaux et ferries font la course pour arriver les premiers à Moorea. Si le soleil est trop ardent en face à côté de la Poste, le parc Albert ou Bougainville, offre ses ombrages et son restaurant. Le soir, les roulottes, sur les quais d’embarquement, cuisinent à bon marché d’excellents repas pour les joyeux noctambules de la ville qui préfèrent parfois au veau à la broche, au chao men, des crêpes sucrées, salées ... toujours bretonnes. La ville possède donc tout ce qu’une cité doit posséder : un stade et une piscine olympique, un hôpital et des cliniques, des églises, des temples et des banques, des cinémas climatisés, des hôtels et des restaurants sans oublier les magasins de toutes sortes, les agences de voyages et les zones industrielles.

Quel avenir pour cette ville qui fascine toujours autant la jeunesse des îles, qui est maintenant le cœur d’une agglomération qui part de Mahina pour rejoindre Paea en traversant les communes d’Arue et de Pirae à l’est, et celles de Faa’a et Punaauia à l’ouest? Destinée à rester la capitale de la Polynésie française, pour le bien être de tous elle doit parvenir à gérer, à réguler cet afflux quotidien de travailleurs et de clients. Des efforts de décentralisation ont été entrepris, encore insuffisants puisque la ville reste un lieu de passage obligé pour toute démarche administrative. L’Avenir, on peut l’espérer, réservera quelques surprises heureuses à cette ville de Papeete qui, après avoir si légèrement gommé son passé, s’est lancée avec frénésie dans la modernité.