vendredi 30 juillet 2010

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Navigation traditionnelle : tout un art

Il n'existe pas ou très peu d'écrits sur la navigation traditionnelle ou sur la fabrication des pirogues doubles. La navigation repose aujourd'hui encore sur la même problématique qu’à l'époque des pirogues traditionnelles : il faut dans un premier temps fixer un trajet vers son but ; ensuite savoir où l'on se trouve lorsqu'on est en pleine mer pour effectuer un ajustement de trajectoire ; et enfin, à l'arrivée sur le lieu, le localiser avec précision pour l'abordage.

Le "chemin d'étoiles"

Les navigateurs avaient trois alliés dans la route qui les conduisaient jusqu'à leur lieux de destination. D'une part le "ciel", puis les vents et enfin la houle. Le ciel ou plutôt les étoiles étaient un repère fiable pour déterminer les routes à suivre. Au début de la nuit, chaque étoile se lève à l'est pour se coucher à l'ouest en suivant une trajectoire identique d'un jour à l'autre. Lorsqu'une étoile avait fini son chemin, les pilotes des pirogues prenaient une nouvelle étoile connue pour avoir une position sur l'horizon quasi identique à la précédente. Cette succession d'étoiles était nommée, à Tahiti, "chemin d'étoiles" (avei'a). En plus des "étoiles guides", les navigateurs se servaient des constellations surtout à cause des nuages qui faisaient écran lors du lever des étoiles.
Durant la journée, le soleil et le vent prenaient le relais des étoiles. Le soleil fixait les quatre points cardinaux et ses subdivisions. Les autres points étaient visualisés grâce aux différents vents, parfaitement connus des navigateurs. Cette association a permis la création de rose des vents. Cependant, les changements fréquents des vents ne donnaient pas une direction précise. C'est pourquoi, un troisième élément naturel était utilisait avec l'appréciation des houles, plus régulières elles. La façon avec laquelle la coque était frappée, la forme de la houle et la couleur de l'eau étaient des indices précis et fiables. Paradoxalement, la navigation de nuit était plus sure que celle effectuée de jour parce qu'elle demandait moins d'attention et restait plus précise.

Tenir le cap

Une fois en mer, il fallait tenir le cap pour arriver au but. Le courant, les intempéries et les autres problèmes, détournaient la pirogue de sa trajectoire initiale. Il était nécessaire au pilote de connaître et d'estimer tous ces paramètres pour rectifier le tir. Celui-ci était corrigé en fonction de l'angle fait par le sillon de la pirogue et une ligne imaginaire traversant son axe longitudinal. La force du courant avait un rôle très important pour l'estimation des directions puisqu'en règle général, les courant circulent vers l'ouest ou le sud-ouest.
Le trajet parcouru était estimé en fonction des vents et de la force de la mer, et comptabilisait en nombre de jours de voyage. Le temps passé en mer évaluait le chemin effectué avec exactitude et l'endroit où se trouvait l'embarcation.

Terre !

Après des jours passés en mer, il ne fallait en aucun cas manquer la terre d'accueil. Là encore, les navigateurs se servaient d'indices et d'éléments naturels très précis.
Une des méthodes consistait à élargir la cible (île) en l'entourant d'un halo imaginaire de 30 milles. Grâce à ce procédé, certaines îles ainsi agrandies se touchaient et formaient une plus grande surface repérable.
La présence des oiseaux de mer étaient et sont toujours un indice très important; en fonction de l'espèce, les navigateurs pouvaient estimer la distance qui les séparait de leur but. Ainsi la présence de frégates leur donnait un premier rayon de 75 milles de la terre et les sternes une nouvelle estimation de 20 milles des côtes. Les allées et venues des oiseaux pour retourner à leur nid, traçaient la direction vers les terres.
Les nuages en pleine mer étaient un bon moyen de repérage. En effet, la couleur et la forme des nuages permettaient de savoir si les navigateurs s'approchaient d'une île haute ou d'un lagon. Le sable blanc et les lagons des atolls ont une luminosité très particulière qui donne aux nuages une coloration verte connue des Polynésiens comme celle de l’atoll de Ana.
Les navigateurs se servaient de la houle lors de leur voyage, or à l'approche de terres, les houles "rebondissent". Là encore, indice très important que les pilotes de pirogues ne manquaient pas d'analyser pour le repérage et l'abordage du but. Dans certaines régions, des cartes de houle étaient même réalisées avec des palmes de cocotiers qui symbolisaient les différent types de houle.
Un autre indice était le repérage de végétaux à la dérive; l'état de fraîcheur permettait d'estimer l'éloignement de la terre tandis que le sens de ces végétaux donnait la direction du but à atteindre.

Bibliographie :
"Tereraa, voyages et peuplement des îles du Pacifique", Eric Conte, éditions Au vent des îles

 

Le Va'a, un sport d'aujourd'hui

La pirogue polynésienne est un véritable symbole du passé glorieux des Polynésiens. A travers l’existence de compétitions sportives, les Polynésiens ont trouvé la possibilité de faire perdurer la valeur hautement emblématique du va'a dans la vie moderne.
Les premières compétitions de pirogue dateraient des années 1850, elles seraient nées de l’organisation d’animations nautiques très variées créées à l’occasion de fêtes patriotiques ou locales (célébration de la Reine Pomare, de l’Empereur Napoléon, etc.). Les courses de pirogue s’apparentaient plus, alors, à des compléments d’animation qu’à des événements à part entière. La traditionnelle fête du Tiurai (autour du 14 juillet) célébrée pour la première fois en 1880 fera ainsi perdurer pendant plus d’un siècle les compétitions de pirogue, sans pour autant leur donner l’ampleur que cette discipline connaît actuellement. Les courses de pirogue restent ainsi, jusqu’aux alentours de 1970, plus proches de l’animation folklorique que de la compétition sportive.
Plusieurs évènements populaires survenus au cours des années 70 ont véritablement ravivé l’engouement des Polynésiens pour la pirogue. En 1976 fut construite à Hawaï une pirogue double appelée Hokule’a, réplique en plastique d’une pirogue traditionnelle, elle fit la traversée entre Hawaï et Tahiti. Cet exploit sportif, expression d’une recherche identitaire polynésienne, captiva la population tahitienne. Il est écrit que 15 000 personnes acclamèrent la pirogue à son arrivée à Papeete. La même année, une pirogue tahitienne, Teremataï, gagna la compétition hawaïenne de pirogue : Molokaï.
Hawaiki Nui, pirogue double polynésienne qui rallia la Nouvelle-Zélande au départ de Tahiti en 1985, fut construite dans un même courant d’expression culturelle.
Accompagnant puis faisant suite à ces événements, les mentalités évoluèrent et le va’a devint le sport à soutenir. Les parents encouragèrent leurs enfants à le pratiquer, de nombreux clubs se créèrent et la discipline se structura. En 1975, suivant un courant polynésien international précurseur, fut créée sur Tahiti la ligue polynésienne des piroguiers. En 1980 la Fédération Française de Pirogue Polynésienne vit le jour. Les premiers championnats du monde furent organisés en 1984 et la première course Hawaiki Nui eut lieu en 1992.
Le va’a retrouva ainsi une place prépondérante dans la société polynésienne grâce à la discipline sportive, qui elle-même doit certainement son succès auprès des jeunes générations à sa portée symbolique.
En 1984, la pirogue polynésienne devient l’emblème du drapeau de la Polynésie française.