samedi 26 juillet 2008

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La langue tahitienne

La langue tahitienne appartient à une vaste famille de plus de 400 langues, parlées depuis Madagascar jusqu'à l'île de Pâques : les langues austronésiques dites aussi malayo-polynésiennes. Le groupe polynésien rassemble une vingtaine de langues que les linguistes divisent encore en deux sous-groupes. Dans le sous-groupe oriental, fort de 8 langues, le tahitien forme une entité particulière avec le maori de Nouvelle-Zélande, le rarotongien et les dialectes des Paumotu et des Australes. Les ponts avec le maori sont coupés depuis bien longtemps et l'influence des autres langues sœurs est, depuis un siècle et demi, restée minime, se limitant à l'acquisition de quelques douzaines de termes. En revanche, dès la fin du XVIIIe siècle, l'anglais puis le français ont été la source de très importants apports dans le vocabulaire et aussi de maintes corruptions de la syntaxe. Cette influence des langues européennes s'est exercée spontanément, par le truchement des échanges commerciaux et sociaux et aussi par l'intermédiaire d'une présence importante de locuteurs bilingues.

Le 5 mars 1797, lorsque les missionnaires protestants anglais arrivent à Tahiti, l'écriture est inexistante. Les missionnaires débutent leur tâche en mettant au point une première notation alphabétique des sons. Après d'assez longs tâtonnements, ils parviennent au système de 5 voyelles et 10 consonnes, qu'ils utilisent d'ailleurs pour leurs premières impressions des livres bibliques. Une fois l'écriture mise au point, il restait encore à l'enseigner aux habitants, et les premiers livres qui sortirent de la presse installée à Afareaitu furent des abécédaires. Le vocabulaire s'enrichit avec l'introduction de nouveaux mots issus de la langue parlée des missionnaires, et voire même des langues latine, grecque ou hébraïque. La première traduction d'un livre de la Bible est imprimée vers 1817 par Henry Nott. Les missionnaires sont les grands pourvoyeurs des lecteurs de langue tahitienne. Aujourd'hui encore, c'est autour de l'église et surtout du temple que le tahitien apprend à parler sa langue avec élégance et pureté, nuançant son vocabulaire de mots peu employés dans la vie familiale.

A partir du XIXe siècle, une influence nouvelle, plus discrète, mais importante néanmoins pour la langue, va intervenir à son tour, celle des interprètes du gouvernement. Le Protectorat suppose la collaboration de fonctionnaires métropolitains, qui ignorent généralement tout de la langue locale, et de notables tahitiens : la Reine, les chefs, les juges, qui, à de rarissimes exceptions près, sont incapables de comprendre le français. L'interprète est donc un personnage indispensable dont le recrutement et la fonction sont réglementés avec soin. Désignés par le Commissaire impérial, les interprètes sont attachés à un bureau de traduction dirigé par le Receveur de l'Enregistrement. Ce bureau est chargé de traduire les actes civils, les pièces nécessaires aux procès ou les actes passés devant les officiers publics. Selon l'ordonnance du 15 octobre 1851, toute transaction entre un «Indien» et un Européen nécessite une double expédition (en français et en tahitien).

De même que les missionnaires ont donné au tahitien moderne un vocabulaire religieux particulièrement complet, les interprètes l'ont doté d'un vocabulaire administratif et juridique très exhaustif et l'ont rendu apte à exprimer sans difficulté le langage des actes, jugements et textes législatifs. Ce vocabulaire est souvent tiré du français. La méthode de travail des traducteurs de l'Administration n'est pas celle des missionnaires. Tandis que ces derniers livrent à l'imprimeur des traductions longuement mûries, pesées, les autres doivent traduire vite : l'arrêté de 1864 leur donne un maximum de 48 heures. De ce fait, leur traduction est souvent idiomatique. Toutefois, nés dans la colonie, fils de missionnaires, de souche demie-tahitienne, les interprètes occupent une place où ils sont à même d'entendre les meilleurs orateurs et deviennent parfois eux-mêmes maîtres en la matière. A partir de 1880, avec l'administration directe, leur importance décline peu à peu, mais ce corps de fonctionnaire continuera de comprendre dans ses rangs des amoureux de la langue tahitienne qui chercheront à la défendre.

Puis en 1951, Radio Tahiti s'installe et bientôt, avec l'apparition des transistors, la radio pénètre dans toutes les familles polynésiennes puis s'étend jusqu'aux îles voisines. Dans ce pays de tradition orale, où l'on écoute plus facilement qu'on ne lit, la radio est appelée à exercer une grande influence.

On y entend entre autres les légendes de Tearapo … La radio devient une école où les Polynésiens découvrent peu à peu le monde, au grès des évènements. Radio Tahiti devient le grand maître à parler des Tahitiens ; on adopte les termes qu'elle invente ou qu'elle ressuscite. Durant vingt ans, elle a été un des plus puissants antidotes à la détérioration de la langue.

Dès les années 1950, le succès du parti politique, le RDPT et surtout de son leader Pouvanaa a Oopa engage une attitude de reconsidération de la langue locale. En effet, celui-ci tient en échec l'administration et les politiciens en place. Les vaincus analysent les causes de leur défaite et constatent que le chef des autonomistes dispose d'une arme redoutable : la parfaite maîtrise de la langue tahitienne qui sert admirablement ses dons d'orateur populaire. Par la suite, le retour des premiers étudiants tahitiens, tous très soucieux de cultiver l'originalité de leur petite patrie, défendent haut et fort la langue de leurs ancêtres, même s'ils ne la maîtrisent pas et souhaitent ardemment la redécouvrir, montrant du doigt le système éducatif occidental.

Les années 1970 sont très importantes, car on assiste à une mouvance nouvelle. Un peu partout dans le monde, les langues des minorités s'organisent, reprennent confiance en elles-mêmes ou revendiquent violemment leurs droits en face des grandes langues de communication internationale. Ces idées pénètrent également dans le Pacifique et sont mises en application dans les territoires nouvellement indépendants ou en marche vers l'indépendance. En Polynésie, l'apprentissage du tahitien dans l'enseignement scolaire attendra encore quelques années avant de se mettre en place. Toutefois, la demande existe de la part des étudiants qui suivent des cours du soirs ; des linguistes, professionnels comme amateurs s'intéressent au Reo Ma'ohi.

L'idée d'une Académie tahitienne semble être née simultanément et séparément chez deux hommes. Il s'agit de Martial Iorss, le spécialiste reconnu de la langue tahitienne et de John Martin, directeur du programme en tahitien de Radio Tahiti. L'un et l'autre réalisent la nécessité d'une autorité collective pour désigner les règles du bon usage et pour enrichir le vocabulaire de tous les termes qui font encore défaut à la langue pour qu'elle puisse devenir une langue de communication moderne.

Le 2 juillet 1974, le gouverneur D. Videau présidait, dans la salle du Conseil du gouvernement, la séance inaugurale de l'Académie tahitienne. Ainsi, s'achevait un processus de sept années, déclenché par la demande officielle du conseiller territorial John Teariki et entamé le 30 août 1967 par l'approbation en Conseil de gouvernement, présidé par le gouverneur Sicurani, du principe de la création d'une Académie de la langue tahitienne.

Le nom de Fare Vana'a, désignant en tahitien l'Académie Tahitienne rappelle une institution des anciens villages polynésiens ; la jeunesse se rendait au fare vana'a où des vieillards l'instruisait des légendes de l'île, des généalogies des chefs. En mémorisant les traditions de leur peuple, les jeunes apprenaient également le beau parler. Les premiers travaux de l'Académie consistèrent en la préparation d'une grammaire et d'un lexique élémentaires afin d'offrir une base solide et amorcer l'élaboration d'une grammaire complète et d'un dictionnaire complet bilingue, en considérant attentivement les règles de grammaire, la prononciation, l'orthographe, le vocabulaire, et en l'enrichissant de nouveaux termes. L'ouvrage de la grammaire complète fut achevé en 1974, quant au dictionnaire bilingue, il est toujours en cours de réalisation ; la partie tahitien/français est terminée, la partie français/tahitien sera entreprise dans les mois à venir.

(source : Révérend Père Hubert de l'Académie Tahitienne pour la Société Océaniste - fév. 75)

- Martial Iorss, bien que n'ayant jamais été officiellement interprète, a exercé, en tant que greffier en chef des tribunaux, une profession qui le rattache à la lignée des interprètes, car le greffier tahitien supplée bien souvent l'interprète du tribunal. A partir de 1957, il donne, à la Chambre de Commerce, un cours qu'il résume en 1961 dans un petit ouvrage broché «le tahitien à la portée de tous, grammaire de la langue tahitienne».

- John Martin, occupa mémorablement pendant 12 ans le poste de directeur des programmes en tahitien sur Radio Tahiti, dès 1951, année de sa création. A cette époque-là, la radio fut un acteur essentiel pour cette renaissance culturelle.

L'Académie Tahitienne

L'Académie Tahitienne (Fare Vana'a) est une institution culturelle créée en 1972 dont la mission est de préserver et d'enrichir la langue polynésienne (reo maohi), de normaliser le vocabulaire, la grammaire et l'orthographe, afin de promouvoir l'apprentissage de la langue auprès du plus grand nombre.

 

Après plus de dix ans de travaux et de recherches continus, l'Académie Tahitienne propose au public un dictionnaire tahitien-français (également en ligne).

Site : www.farevanaa.pf

 

Methodes & Bibliographie :

- « Ia ora na, méthode d'initiation à la langue tahitienne.- Vernaudon jacques et Paia Mirose - 1 livre et 4 CD audio.- Éditions Bibliothèque d'information /Centre Pompidou

- Dictionnaire et grammaire de l'Académie tahitienne (Fare Vana'a)

- Dictionnaire du tahitien nouveau et biblique - Te reo tahiti 'api - Pierre Montillier - Editions Parenthèse/Ch. Gleizal.

- Dicodesîles (débutants) Editions Aux vents des îles.

- Six albums écrits en reo ma'ohi (traduits en français à la fin des ouvrages) et illustrés par des artistes locaux - Editions du CTRDP.

- Livres de la collection « Univers polynésiens » (photographies et textes poétiques en français/tahitien/anglais), éditions Le Motu.