jeudi 11 mars 2010

logo

design

A  B  C  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z  
Accueil > État > Réformes de la fiscalité
Histoire

Les premières vagues de peuplement du Pacifique débutent pendant la dernière glaciation (de 110 000 à 8 000 ans avant notre ère). Le niveau de la mer étant beaucoup plus bas et les terres émergées plus vastes, des hommes en provenance d'Asie du s ud- e st entament la colonisation du Pacifique : la Nouvelle-Guinée et l'Australie sont peuplées ainsi entre 53 000 et 50 000 ans avant notre ère.

Dans la région de Taiwan, en Asie du s ud- e st, 4 000 à 5 000 ans avant notre ère, vivent des populations qui cultivent les tubercules, fabriquent leurs étoffes à partir d'écorces battues et utilisent des pirogues à balancier. Ils partent à la conquête du Pacifique vers 4000 avant J.-C.. Dans la région de l'archipel de Bismarck, à partir du brassage de ces populations avec celles plus anciennement installées émergent des peuples dits de culture Lapita. Ce complexe culturel Lapita se caractérise par un type particulier de céramique. Ces hommes, à partir 1500 avant J.-C., vont se disperser dans toute la Mélanésie jusqu'à la Polynésie occidentale (Fidji-Tonga-Samoa) où, n'ayant plus de relation avec la Mélanésie, ces peuples vont sécréter “la société polynésienne ancestrale”.

Après une halte de plusieurs siècles, dans leur expansion à travers le Pacifique, les Polynésiens reprennent leurs migrations avec la conquête du reste de la Polynésie. Il apparaît actuellement aux chercheurs que les archipels des Marquises, des Australes et de la Société auraient été peuplés à la même époque, même s'il n'est pas encore possible d'étayer complètement cette théorie par des preuves archéologiques. Les travaux archéologiques sont encore trop peu nombreux, et les vestiges les plus anciens ont pu être enfouis sous les sédiments ou sous la mer, à la suite de l'enfoncement des îles.

À partir de ces archipels sont ensuite colonisées les Iles Hawaii (300-400 ap J.-C.), l'île de Pâques (400-500 ap J.-C.) et enfin la Nouvelle-Zélande (700-800 ap J.-C.).

Les Polynésiens effectuent leurs voyages sur de grandes pirogues doubles, sur lesquelles ils emportent outre des vivres, des animaux domestiques (cochons, chiens, poules) et des plantes usuelles (taro, bananier, uru). Ils partent certainement par vents d'ouest porteurs, dominants dans cette région pendant de courtes périodes, comptant sur les vents d'est les plus fréquents pour revenir en cas d'échec. Ils ont, de cette manière, colonisé toute la Polynésie. À l'époque de ces exploits maritimes, les Européens se contentent encore d'une navigation côtière.

Les découvreurs

La première île polynésienne découverte par les Européens, est Puka Puka, aux Tuamotu, que Magellan, lors de la première traversée du Pacifique, aperçoit en 1521. Après Magellan, de nombreux marins sillonnent le Pacifique et découvrent de nouvelles îles. Découverte des Marquises par l'espagnol Mendana en 1595. Mais c'est réellement au xviii e siècle que de grands voyages de découverte et d'exploration sont entrepris. Ces expéditions scientifiques s'intéressent à la connaissance des espaces rencontrés, à la géographie, à la flore, à la faune et à l'étude des peuples. Si l'île de Tahiti est découverte par Wallis en 1767, c'est à Cook que nous devons par ses trois voyages, la première carte de l'Océanie.

Ces rencontres permettent de nombreux échanges, vivres frais pour les voyageurs européens, outils en métal et autres objets manufacturés pour les Polynésiens. Ces contacts entraînent de nombreuses modifications dans la société et la vie des Tahitiens. La population à l'arrivée des découvreurs estimée à 66 000 habitants (donnée par J.-L. Rallu), diminue rapidement, les Européens malheureusement ont amené avec eux la syphilis et les maladies infectieuses, fièvres, grippes et l'alcool.

En 1789, Bligh, qui avait déjà participé au troisième voyage de Cook, revient en Polynésie, capitaine de la Bounty, pour récupérer des plants de l'arbre à pain. Il a pour mission de les introduire aux Antilles, pour compléter l'alimentation des esclaves. Cette expédition s'achève, après une trop longue escale à Tahiti, par la mutinerie la plus célèbre de l'histoire maritime.

Avant l'arrivée des Européens, Tahiti est divisée en plusieurs chefferies, chacune a à sa tête un « a rii ».

Le prestige de ce chef dans les autres chefferies dépend de sa généalogie, de ses alliances et de ses faits de guerre. Parce que les Occidentaux ont tous débarqué sur ses terres, Tu, chef de rang secondaire, bénéficie avec son fils Pomare II, de leur prestige et de leur aide pour imposer sa suprématie sur les autres chefs de Tahiti. Ils créent la dynastie des Pomare qui centralise le pouvoir sur l'île à la manière occidentale.

Les missionnaires

Après le temps des découvreurs s'ouvre à Tahiti celui des missionnaires. Le 5 mars 1797 (anniversaire fêté chaque année comme celui de l'arrivée de l'Évangile), débarque à Matavai un groupe d'hommes et de femmes envoyé par la Société Missionnaire de Londres (L.M.S.). Cette Société a été créée “pour sauver du paganisme les populations nouvellement découvertes”. Malgré des débuts difficiles, pour ces missionnaires peu préparés, le pasteur Nott réussit à convertir Pomare II qui devient son élève et son protecteur. Après la victoire de Fei Pi en 1815, de Pomare II sur les chefs traditionalistes et la clémence inhabituelle que celui-ci montre envers les vaincus, les missionnaires obtiennent la conversion massive de la population. On estime qu'en 1840, la majeure partie des Tahitiens est convertie.

Tahiti connaît jusqu'en 1826, une période de calme relatif. Les missionnaires consolident leur influence et inspirent un code de lois (1819) connu sous le nom de code Pomare.

Pour limiter le pouvoir de Pomare, ils créent une assemblée législative tahitienne, le “Parlement Tahitien”, qui regroupe les chefs et des représentants élus du peuple. Les missionnaires apprennent le tahitien et entreprennent la traduction de la bible. Ils ouvrent des écoles où ils reçoivent surtout les fils de chef, dont Pomare III, auxquels ils imposent leurs préceptes.

Pomare III décède peu de temps après son père. Sa sœur, la jeune Pomare IV, lui succède en 1827. Elle n'a pas reçu l'éducation des missionnaires, et n'est guère préparée à prendre le pouvoir.

Il s'en suit une période de troubles pendant laquelle se développe un courant religieux hérétique, soutenu un moment par Pomare IV, la Mamaia (mélange de christianisme et de religion polynésienne ancienne), qui rejette l'autorité des missionnaires et leurs lois jugées trop sévères. L'intervention des principaux chefs de l'époque permet de rétablir l'ordre.

À partir de 1800, Tahiti devient un port de relâche pour les navires qui sillonnent le Pacifique :

navires des expéditions scientifiques, navires de commerce, de pêche notamment les baleiniers et les santaliers. Certains de leurs marins engagés volontaires ou non, après des conditions de navigation difficiles, profitent de l'escale pour déserter. Ils deviennent interprètes, ou mercenaires, mais surtout développent à Tahiti un climat de violence et d'insécurité. Pour protéger leurs ressortissants, les grandes puissances envoient des navires de guerre et nomment des consuls.

Après l'échec d'une première mission catholique à Tahiti en 1775, les pères Laval et Caret débarquent aux Gambier en 1834. Ils sont envoyés par la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie, dont la vocation est l'évangélisation de l'Océanie. Leur réussite les incite à s'implanter dans les autres archipels. Leur arrivée à Tahiti est très peu appréciée par le pasteur Pritchard qui obtient de Pomare IV et du conseil des Chefs leur expulsion.

Ce geste va permettre une intervention française d'abord pour protéger les Français installés à Tahiti, puis pour imposer le Protectorat Français en 1842. Protectorat que Pritchard, maintenant consul, n'avait pas obtenu de la Grande-Bretagne.

Les premières années du règne de Pomare sont marquées par de nombreux troubles, la Mamaia, l'expulsion des prêtres catholiques et le nombre croissant de déserteurs. Ces événements incitent quelques chefs tahitiens à accepter le Protectorat de la France, pour retrouver l'ordre et la stabilité. Cette suggestion émane du consul de la France Moerenhout et du contre amiral Dupetit-Thouars, dépêché dans le Pacifique pour annexer les Marquises et protéger les ressortissants Français. Le Protectorat est signé à Tahiti en septembre 1842, puis ratifié par le Gouvernement Français et reconnu par la Grande-Bretagne.

Conseillée par Pritchard, Pomare IV dénonce après l'avoir signé, le traité avec la France. Il s'ensuit trois années de guerre franco-tahitienne qui gagne les îles Sous-le-vent où se réfugie la Reine. Pritchard est expulsé de Tahiti en mars 1844. Soutenu par les grands chefs de Tahiti et les navires militaires, l'Amiral Bruat obtient la reddition des chefs rebelles et le retour de la Reine.

L'annexion par la France

Sous le Protectorat, Pomare IV a la charge des affaires intérieures tahitiennes et le gouverneur, représentant de la France, des affaires extérieures. Mais peu à peu, les lois françaises remplacent les coutumes tahitiennes. Bien qu'elle ait effectivement peu de pouvoir, la reine va jouir toute sa vie d'un très grand prestige.

À sa mort en 1877, son fils lui succède et prend le titre de Pomare V. Celui-ci montre peu d'attrait pour l'exercice du pouvoir.

La France soucieuse d'affermir son pouvoir dans le Pacifique propose à Pomare V de réunir ses États à la France. L'annexion est signée par Pomare V et quelques chefs de Tahiti le 29 juin 1880, puis ratifiée par les Assemblées françaises. En 1881, les archipels polynésiens contrôlés par la France deviennent les Établissements Français de l'Océanie (E.F.O.). En 1888, les îles Sous-le-Vent sont à leur tour annexées, et une insurrection éclate à Huahine puis à Raiatea menée par Teraupo. Ces îles ne sont définitivement pacifiées qu'en 1897.

Les E.F.O. sont dirigés par un gouverneur assisté d'un Conseil Privé et d'un corps de fonctionnaires. L'Assemblée Tahitienne, seule représentation locale, est remplacée par le Conseil Général des E.F.O. chargé de voter le budget, puis par un Conseil d'Administration des E.F.O., doté d'un rôle uniquement consultatif, placé sous l'autorité toute puissante du gouverneur.

La guerre de 1914-18 devient une réalité à Tahiti quand l'amiral Von Spee, commandant de l'escadre allemande du Pacifique, décide de rallier l'Europe. Il veut s'approvisionner en vivres frais à Bora Bora et en charbon à Tahiti. Devant la menace, le commandant Destremeau brûle le charbon convoité. En représailles, Von Spee coule le seul bâtiment militaire dans la rade de Papeete, la Zélée, mais certains tirs atteignent le quartier du marché, qui est dévasté.

En 1916, les Tahitiens et les Calédoniens mobilisés sont incorporés dans le Bataillon Mixte du Pacifique. Ils participent à la bataille de Salonique en Grèce, puis à la seconde bataille de la Marne.

Pendant l'entre-deux-guerres, les seules élections auxquelles participent la population des Iles du Vent, des Marquises et des Tuamotu sont les élections municipales et celles du Conseil de Districts. Les habitants des Iles Sous-le-Vent et des Australes considérés comme sujets, et les Chinois, non pas le droit de vote. Les élus sont en majorité des Européens, un des rares Tahitiens élu est Teriieroo a Teriierooiterai.

Le port de Papeete réaménagé favorise le développement du commerce. Les phosphates de Makatea exploités dès 1908, la pêche intensive de la nacre et l'agriculture (coprah et vanille) sont les principaux secteurs exportateurs de l'économie de la Polynésie.

Mutations constitutionnelles. Les E.F.O. deviennent des TOM

Dès septembre 1940, les E.F.O. rallient la France Libre. Avec les Calédoniens et les Néo-Hébridais, les Tahitiens volontaires constituent le 1er bataillon du Pacifique qui sous les ordres du commandant Broche rejoint le Proche-Orient. Il se couvre de gloire à Bir Hakeim, puis participe au débarquement de Provence. Pendant ce temps, devant l'avancée japonaise dans le Pacifique Sud, les Américains installent à Bora-Bora, une base militaire.

Dès 1945, tous les Polynésiens, sauf les Chinois, obtiennent la citoyenneté française. Les E.F.O. deviennent un Territoire Français d'Outre-Mer et sont représentés par un député à l'Assemblée Nationale, un sénateur au Conseil de la République et un délégué au Haut-Conseil de l'Union française. Une Assemblée Représentative des différents archipels est créée, dotée de pouvoirs plus étendus (gestion des affaires locales et des dépenses facultatives). Le gouverneur exerce un simple contrôle sur les décisions de cette assemblée, mais il détient le pouvoir exécutif, gère les dépenses obligatoires du budget et intervient dans les domaines de compétences nationales (justice, défense, relations extérieures).

L'économie toujours basée sur l'agriculture et l'exploitation des nacres et des phosphates qui s'épuisent, ne permet pas de donner du travail à tous. Certains Polynésiens partent en Nouvelle-Calédonie travailler dans les mines de nickel.

1947 voit l'émergence de deux mouvements politiques, les rescapés du Bataillon et le comité de Pouvanaa, rassemblés par leur opposition au débarquement de trois nouveaux fonctionnaires arrivés sur le navire le “ville d'Amiens”.

Ils demandent que les recrutements se fassent localement. De leur alliance naît le Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes (R.D.P.T.) dont le leader est Pouvanaa a Oopa.

Jusqu'en 1957, la vie politique est dominée par le R.D.P.T.. Pouvanaa est élu député en 1949. Le “metua “ bénéficie d'un très large soutien populaire. Dans son programme, il demande l'océanisation des cadres et prône la lutte contre le capitalisme et le colonialisme. En 1953, il obtient la majorité absolue à l'Assemblée.

 

En 1957, la loi c adre, dite loi Defferre, crée la Polynésie française et la dote d'un nouveau statut avec la mise en place d'un exécutif local et d'un Conseil de Gouvernement désigné par l'Assemblée. Le gouverneur ne gère plus que les affaires de compétence nationale et veille au respect de la Constitution. Le 1er Conseil de Gouvernement sera R.D.P.T., il tente sans succès de mettre en place un impôt sur le revenu. En 1958, des dissensions en son sein et son échec au référendum sur l'indépendance de la Polynésie, font perdre au R.D.P.T. son prestige dans l'électorat. Le Conseil de gouvernement est alors suspendu.

Cette crise provoque un retour en arrière dans les institutions, les pouvoirs des élus et de l'Assemblée sont limités. Le Conseil de Gouvernement est maintenant présidé par le gouverneur.

En 1958, Pouvanaa est arrêté et exilé pour détention illégale d'armes. Gracié par le général de Gaulle, il rentre à Tahiti en 1968. Malgré toutes ces vicissitudes, il reste pour beaucoup, encore maintenant, l'incarnation du nationalisme tahitien.

L'économie polynésienne des années 60 va connaître un essor prodigieux qui la transforme complètement par la construction de l'aéroport et l'installation du Centre d'Expérimentation du Pacifique. Une page de l'histoire de la Polynésie française est maintenant tournée, elle rentre brutalement dans le monde moderne de la consommation.