samedi 26 juillet 2008

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La flore de Polynésie

Située à plus de 6 000 kilomètres du continent américain et plus de 5 000 kilomètres des continents australien et antarctique, la Polynésie française égrène quelques 118 îles hautes et atolls entre 5° et 30° de latitude Sud et 130° et 165° de longitude Ouest. Cet isolement et cette dispersion ont des conséquences dans la composition de la flore, la structure du peuplement ainsi que la distribution des communautés végétales.

 

La flore de la Polynésie française est d'une relative pauvreté, avec environ 1 000 espèces indigènes, si on la compare à d'autres îles du Pacifique : au moins 3 000 à 4 000 en Nouvelle-Calédonie, environ 1 500 dans les îles Hawaii. L'originalité et l'intérêt de la flore réside dans la présence de nombreuses espèces endémiques (uniques au monde), souvent confinées à une île et qui, par leurs affinités, éclairent l'origine du peuplement végétal.

La taille, l'âge des îles et les facteurs du milieu sont les principaux agents de la composition floristique. Ainsi, les îles volcaniques de la Société, avec un taux d'endémisme voisin de 50 %, s'opposent aux atolls des Tuamotu avec moins de 10 %. Les conditions écologiques particulièrement drastiques dans les atolls ont sélectionné une flore pauvre constituant des groupements végétaux particulièrement monotones. À l'inverse, les îles hautes comportent des milieux diversifiés qui ont permis l'installation de nombreuses espèces en des groupements qui sont le résultat de leurs adaptations et de leurs évolutions à des niches écologiques diverses.

La richesse de la flore vasculaire (c'est-à-dire : angiospermes ou « plantes à fleurs » et ptéridophytes ou «fougères») de la Polynésie se distingue par 959 espèces indigènes (non introduites par l'homme) dont 560 endémiques à la Polynésie, soit 58,4% d'endémisme. Les angiospermes comptent à eux seuls 690 espèces dont 466 endémiques.

La flore des atolls

La pauvreté extrême des Tuamotu est liée aux milieux particuliers que sont les atolls : sols squelettiques, rôle du sel, alimentation hydrique sont autant de facteurs limitant le nombre d'espèces. Seul un petit nombre, de large répartition dans le Pacifique ou dans la zone intertropicale, a pu s'y installer.

Le sel représente un véritable poison physiologique pour la plupart des plantes en empêchant l'absorption de l'eau. Seules les plantes halophytes supportent les concentrations assez élevées de sel.

Le substrat particulier des atolls est constitué de sables, graviers, cailloutis coralliens ou grès de plage sur lesquels se développent de maigres sols filtrant rapidement l'eau. Ainsi, le substrat renforce le caractère xérophile (qui peut vivre en milieu sec) de la flore des atolls.

L'évolution a ainsi sélectionné des espèces aux adaptations morphologiques ou physiologiques diverses. Une des premières adaptations est la présence d'un système racinaire explorant un important volume du sol et assurant une alimentation hydrique suffisante. Il peut aussi y avoir une limitation de la transpiration par réduction de la taille des feuilles, ou voire leur absence, …

La flore de ces milieux, caractérisée par une grande pauvreté, compte environ une centaine d'espèces indigènes. La grande homogénéité du milieu, offrant des niches écologiques peu variées, en limite également le nombre.

Notons que les cyclones de 1983 ont remodelé les plages et modifié la dynamique végétale en bouleversant le micro relief et le substrat. Des dépôts de gravillons et de cailloutis ont souvent fait périr la frange littorale.

La flore des îles hautes

Contrastant avec les îles basses, les îles hautes présentent une diversité et une richesse floristiques qui sont le reflet de leur isolement, de leur histoire et de leurs multiples niches écologiques qui, du littoral jusqu'aux hauts sommets, ont permis l'installation et l'évolution des plantes en de nombreuses espèces.

Le peuplement, ensemble des espèces végétales d'une île, est déterminé en premier lieu par les potentialités de transport à longue distance de fruits ou de graines (diaspores) d'espèces venant des masses continentales, puis en second lieu, par la formation d'espèces nouvelles, ou spéciation.

Elle présente chez les plantes des traits particuliers. Les populations insulaires évoluent à une vitesse plus grande que les populations-ancêtres continentales, en raison de la rareté des échanges géniques, renforçant ainsi la spéciation endémique.

D'autre part, la radiation adaptative (c'est-à-dire d'une occupation des milieux écologiques différenciée par des espèces différentes par leur habitus ou non) est un puissant facteur de spéciation insulaire. Elle se définit comme une diversification souvent extraordinaire d'un groupe qui évolue en occupant de nombreuses niches écologiques.

 

La flore endémique de Polynésie

Sur les 959 espèces dénombrées en Polynésie, (dont 560 endémiques), l'île de Tahiti compte à elle seule 495 espèces indigènes dont 224 endémiques, soit un taux d'endémisme de 45 %.

C'est toutefois aux îles Marquises que l'on note le taux d'endémisme le plus élevé avec 47 % d'espèces uniques à l'archipel. Avec ses 308 espèces, les Marquises représentent 32 % des 959 espèces indigènes répertoriées en Polynésie.

Viennent ensuite les Australes avec 220 espèces (188 pour Rapa), les Gambier avec 136 et enfin les Tuamotu avec 75. Excepté Rapa, qui enregistre un taux d'endémisme voisin de la Société et des Marquises, avec 38 %, l'endémisme pour les autres îles est plutôt faible : 23 % dans les Gambier, 17 % dans les Australes et 3 % dans les Tuamotu. À titre de comparaison, Hawaii enregistre un taux d'endémisme d'environ de 90 %.

Le taux important d'endémisme est directement lié à l'isolement extrême de cet archipel au sein du Pacifique et à une diversité des milieux comparables à celle de la Société, bien que nettement moins élevés (1276 m à Hiva Oa contre 2241 m à Tahiti).

En regard de sa faible superficie de 40 km2, Rapa possède une flore endémique plus riche que les grands archipels. Enfin, les Tuamotu se caractérisent par le taux le plus faible, 3 %, qui s'explique par la pauvreté en niches écologiques et par leur histoire. En effet, ces îles ont subi une réimmersion tardive, pour la plupart d'entre elles, il y a environ 3 000 ans.

 

le Tiare Apetahi

Le Tiare Apetahi, l'unique fleur endémique de Raiatea, se trouve que sur le mont Temehani, mais victime de sa légende, cette curiosité a été décimée par la convoitise des hommes.

La légende du Tiare Apetahi

Cette fleur rare et délicate serait née d'un funeste incident. Une femme de pêcheurs donne la mort au sommet du mont temenos, à la suite d'une dispute avec son mari. Au préalable, elle s'ampute le bras qu'elle place dans un trou . Des promeneurs, à la recherche de bambou, après avoir passé la nuit au sommet du mont, se réveillent le matin en face d'un étonnant spectacle, accompagné de bruits secs : des fleurs en forme de mains éclataient de partout…Ils les baptisèrent « Tiare Apetahi » (un seul côté en haïtien). Averti, le mari se rendit sur place, recueillit une branche qu'il tenta de planter dans son jardin en souvenir de sa femme, mais sans succès.

 

Flore introduite par les premiers Polynésiens

L'étude de l'origine des plantes cultivées en Polynésie a contribué à confirmer la théorie selon laquelle les migrations des peuples Polynésiens s'étaient faites vers l'Est. L'ensemble i ndo- m alais (actuelles Mélanésie et Micronésie) serait le berceau des civilisations de la Polynésie orientale (Polynésie actuelle).

Introduites par les hommes au fil de leurs voyages, la grande majorité des plantes pré-européennes sont originaires d'Asie du Sud-Est : le uru, le taro, le coco, le ufi, le mape, le ahi'a ou jamboisier rouge, le pia, la canne à sucre, la banane, la pomme cythère, le pandanus, le auti, le ti'a'iri, le ape. L'introduction de la patate douce, originaire d'Amérique centrale, est à dater bien ultérieurement.

L'usage de ces plantes fut multiple. Les plantes à tubercule, représentaient la base de l'alimentation polynésienne. Aujourd'hui, si on continue à manger du taro, on consomme beaucoup moins le ape, et le savoir-faire de certaines préparations se perd. La médecine par les plantes était très élaborée, une vingtaine de plantes étaient savamment utilisées, à différents états d'évolution et avec différentes parties de la plante (racine, écorce, feuille ou fruit).

Certaines, comme le hutu reva étaient employées pour la pêche comme poison, sans risque toutefois d'intoxication pour les hommes. Les plantes ont aussi répondu à d'autres besoins, regroupés si l'on veut dans le terme «d'artisanat», c'est-à-dire une manière de se vêtir, d'utiliser des colorants naturels, de conditionner la nourriture, ou encore de tresser les différents cordages destinés aux embarcations.

Aujourd'hui, l'activité artisanale perpétue un savoir-faire traditionnel. La confection de tapa (tissus d'écorce de purau), de nape (cordage), la fabrication de l'huile de monoï, les tressages en pandanus (fara) sont des symboles vivants de la culture polynésienne.

 

Plantes introduites par les Européens

L'oranger, puis l'ananas, furent introduits par les premiers navigateurs. Les polynésiens semèrent des orangers aux fruits délicieusement sucrés sur toute l'île.

Des cultures de tomates, aubergines, carottes, haricots, papayers, maïs et tabac, furent aménagées par les premiers missionnaires anglais, et l'on doit aux pères catholiques la réussite des plantations telles que le coton, le lin, le chanvre, la vigne et la mangue «mission»! Par vagues successives, amiraux ou scientifiques introduiront goyaviers, avocatiers, sapotilliers, manguiers, vanille. À la fin du xix e, quelques colons, dont l'Écossais William Stewart, exploitèrent de grands domaines cotonniers. Des plantations de café et de canne à sucre remplaceront le coton quelques décennies plus tard.

Harrison Smith, à qui l'on doit le Jardin Botanique créé en 1920, a acclimaté près de 250 nouvelles espèces sur son domaine. Voyageant souvent, H. Smith rapportait des plantes alimentaires dans le but d'améliorer le régime des Tahitiens. Il ramena également des bambous, des bois de menuiserie, des plantes à fleurs et d'ornement. Tahiti lui doit, en particulier, l'acclimatation du fameux pamplemousse sucré qu'il avait découvert à Sarawak, dans l'île de Bornéo.

Aujourd'hui, le visage que revêt les îles du rêve polynésien est un paysage fleuri, coloré et odorant. Le polynésien voue un culte pour la fleur, qu'elle soit portée à l'oreille, en couronnes, objet de décoration ou reine des jardins.

L'exposition annuelle des floralies en témoigne : bougainvilliers, orchidées et héliconias rivalisent de beauté et par la diversité des espèces.

L'exportation de fleurs et feuillages exotiques connaît une belle expansion et est devenue depuis quelques années un atout économique fiable.

Le miconia : une menace pour la biodiversité

L'endémisme élevé de la flore de Polynésie française traduit l'extrême isolement géographique et la richesse micro climatique de ses îles volcaniques au relief important et découpé. Il explique également leur plus grande fragilité écologique : les espèces endémiques, hautement adaptées, spécialisées et dépendantes de niches écologiques spécifiques où elles ont évoluées, sont particulièrement sensibles aux agressions extérieures, notamment les perturbations anthropiques (d'origine humaine), qu'elles soient directes (feux, déboisements, surexploitation, pollution) ou indirectes avec l'introduction d'animaux ou de plantes «étrangères». Ces espèces amenées de façon volontaire

ou fortuite, accidentelle ou clandestine, peuvent se révéler être de véritables «pestes» pour le milieu naturel en modifiant la composition, la structure ou la dynamique de l'écosystème.

La menace la plus importante pour la biodiversité terrestre de la Polynésie française est l'invasion biologique du m iconia. Miconia calvescens De Candolle, plante de la famille des Mélastomatacées et originaire des forêts tropicales d'Amérique Centrale a été introduite à Tahiti en 1937 dans le Jardin Botanique Harrison Smith comme ornementale en raison de ses larges feuilles vert-velouté aux revers pourpre-violet. En moins de 50 ans, cette espèce a proliféré à Tahiti dans toutes les zones humides (précipitations>2 000 mm/an) de basse et moyenne altitude, s'attaquant même à la «forêt de nuage» (entre 600 et 1 500 m) où sont situées la majorité des plantes endémiques (environ 70%).

Source : mécanismes d'invasion de Miconia calvescens D.C. en Polynésie française. Thèse de doctorat (Université de Montpellier, 1994) de Jean-Yves Meyer.

bibliographie :

- Encyclopédie de la Polynésie, Vol 2

Bulletin « Endémisme et Évolution de la flore de la Polynésie française »

Jacques FLORENCE.

- « Vallées de Tahiti » et « Jardins de Tahiti » - Photographies de Hinarai Rouleau et textes de Dominique Morvan. - Editions Le Motu.