samedi 26 juillet 2008

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la communauté chinoise

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser de prime abord, l’histoire de la communauté chinoise en Polynésie française n’a pas débuté avec l’introduction en 1865 de «coolies» chinois «importés» pour l’occasion, à la suite de l’aventure cotonnière d’un entreprenant Écossais dénommé William Stewart.
Selon des sources officielles non confirmées, les premiers Chinois seraient arrivés en Polynésie dès 1830 lors des grandes migrations chinoises à la fois vers l’ouest (Singapour, Malaisie…) et vers l’est (Californie, Hawaii, Pérou…).
Certains voyageurs auraient fait halte en cours de route dans les îles du Pacifique et auraient fondé de petites colonies dont l’histoire officielle n’a pas gardé de traces.

Les coolies de Stewart auraient ainsi découvert à leur grand étonnement qu’il y avait déjà sur l’île de Tahiti, quelques restaurants et les vestiges d’un temple chinois. Quoiqu’il en soit, vers la fin du fiasco de la plantation cotonnière de Stewart, la plupart des coolies sont rentrés en Chine, suivant en cela la tradition ancestrale et millénaire de mourir sur sa terre natale. Tout le début du XXe siècle fut marqué par un va et vient incessant d’émigrants entre la Chine et le pourtour du Pacifique. En Polynésie, ce fut par contre le début d’une arrivée conséquente de Chinois qui s’étendit jusqu’au début de la 1è guerre mondiale. C’est pour cette raison que l’ethnologue américain R.V. Moench a bien démontré que la souche essentielle de l’actuelle communauté chinoise de Polynésie ne s’est pas établie avec les coolies, mais bien dans le 1er quart du XXe siècle.

Selon le Bulletin Officiel de 1851, les tous premiers Chinois - au nombre de six - seraient arrivés à Tahiti à bord d'un trois-mâts français “l'Orixa”, en provenance de Manille et qui fit escale dans le port de Papeete en avril 1851.

Un premier convoi de Chinois (chiffre non connu) qui voyageait entre l'Australie et la Californie aurait ensuite débarqué à Tahiti en 1856.

Ce n'est qu'à partir de 1865 que l'immigration a véritablement commencé avec le recrutement par la Compagnie Agricole de Tahiti, de 330 travailleurs qui descendirent du trois-mâts prussien « Ferdinand Brumm » le 25 mars 1865, suivi d'un second convoi du “Spray of the Ocean” le 8 décembre 1865 et d'un troisième débarquement de « l'Albertine » le 6 janvier 1866 avec 339 immigrants.

En effet, il s'agissait de fournir de la main-d'oeuvre à la plantation de coton à Atimaono devant le refus des Tahitiens de travailler pour l'entreprise agricole de M. William Stewart.

En 1866, on dénombrait un total de 1010 chinois. La masse des premiers immigrants était composée de paysans pauvres, originaires de Canton et de ses environs : 85 % d'entre eux parlaient le Hakka et les autres le Punti.

Cette immigration était considérée par les autorités de l'époque comme un phénomène temporaire puisque les ouvriers chinois devaient être rapatriés en 1871. Ce fut le cas de bon nombre d'entre eux, mais d'autres s'installèrent et se répandirent dans l'île, aux environs de la ville et au coeur de Papeete.

Entre 1873 et 1878, les “coolies” restèrent sans emploi en raison de la faillite de l'entreprise de Stewart.

En 1877, l'Administration institua le numérotage des « coolies » afin de mieux les recenser car certains portaient plusieurs noms ou se voyaient octroyer des surnoms.

Faute d'apports extérieurs et à la suite des rapatriements et des décès survenus, la population chinoise recensée avait décliné, passant de 1015 personnes en 1867 à 447 en 1881 et 320 en 1892.

A Papeete, les Chinois devinrent commerçants, bouchers, restaurateurs, menuisiers et forgerons ; ils parvinrent à acquérir petit à petit tous les terrains autour de la place du marché pour y établir leur habitation et leur commerce.

Une légère reprise de l'immigration à partir du continent asiatique fit remonter à 412 le nombre de recensés en 1902. Afin de faire face, semble-t-il à d'autres débarquements plus importants, les deux décrets du 4 décembre 1903 et du 23 mars 1904 rénovèrent l'immatriculation, laquelle devint obligatoire pour tous les immigrants de plus de 18 ans.

Les immatriculations effectuées en 1904 par le service de sûreté sont imprécises quant à l'origine géographique exacte des Chinois installés en Polynésie.

De 1907 à 1914, environ 2500 Chinois débarquèrent à Papeete malgré les dispositions plus contraignantes de l'arrêté du 13 août 1908 qui exigeaient une caution de tout immigrant non agriculteur.

 

Cette population originaire en majorité de la province du Kwantung au sud de la Chine près de la ville de Canton, était composée de Hakkas (en chinois «invité») et de Puntis (en chinois «autochtone») qui parlaient 2 dialectes différents : le Hakka et le Punti. Ce n'est que de nos jours que le Punti (dialecte Cantonnais) a peu à peu cédé la place au profit du Hakka, lui-même en voie de disparition, surtout dans la population jeune.

 

(*) tiré du livre “Les Chinois de Polynésie” de Gérald Coppenrath.

 

Les Chinois de Tahiti de nos jours

Actuellement, les Polynésiens d'origine chinoise forment 5 % de la population. À la quasi totalité, ils possèdent dorénavant la citoyenneté française et ceci grâce à la loi du 9 janvier 1973. Cet évènement unique dans les communautés chinoises d'outre-mer faisait suite à la fermeture des frontières chinoises, après la prise du pouvoir par Mao Tse Toung en 1949.

L'isolement qui s'ensuivit, lié d'autre part à un très vif désir d'intégration de la communauté chinoise, au cours des années 60 vers les autres cultures, se concrétisa par l'abandon de la nationalité d'origine chez la plupart des Chinois résidant en Polynésie.

En perdant progressivement leurs caractéristiques culturelles les plus marquantes, les Chinois de Polynésie se fondent de plus en plus dans une société polynésienne à caractère pluriethnique. Ils y ont trouvé leur place en tant que composante particulière qui apporte à la construction de la Polynésie de demain, son savoir faire, son dynamisme naturel et quoi qu'on en dise, également des racines et traditions culturelles qui sont loin d'être complètement éteintes.

Pendant la période du C.E.P., la communauté chinoise, comme les autres composantes ethniques en Polynésie, a subi des mutations profondes. L'entrée de la Polynésie dans le monde moderne ne s'est pas faite sans des répercussions à la fois dramatiques et irréversibles dans le comportement social, économique et culturel. Comme les autres, la communauté d'origine chinoise est dans une période de transition où chacun se cherche une place pour pouvoir affronter avec sérénité les défis du 3e millénaire. Cet état d'équilibre instable n'est pas sans favoriser une certaine réflexion incontestable sur le devenir de cette communauté dans l'évolution future de la Polynésie, institutionnelle notamment. Bien que l'aspect visible de l'impact de la communauté chinoise se remarque surtout dans le domaine commercial, il n'est pas rare aujourd'hui de voir des Polynésiens d'origine chinoise dans toutes les professions libérales, dans le secteur tertiaire et même religieux : preuve d'une intégration de plus en plus marquée dans l'ensemble polynésien.

Cependant, grâce à la volonté de responsables d'associations culturelles, on a pu assister dans les années 90 à une renaissance des traditions et coutumes chinoises se traduisant notamment par le renouveau de la Fête du Jour de l'An chinois, prétexte à des manifestations culturelles somptueuses au temple chinois de Mamao telles que : danses folkloriques, pièces de théâtre, retraite aux flambeaux, défilés de chars fleuris, danses du Lion et du Dragon en centre ville avec en corollaire les arts martiaux traditionnels, stands de calligraphie et de livres sur la culture chinoise illustrent l'attachement de cette communauté à ses racines.

 

 

Bibliographie :

- «Les chinois de Tahiti» - Gérald Coppenrath,

- «le Mémorial», les documents historiques de Bengt Danielsson

- « Tinito » - Bruno Saura - Editions au vent des îles.

- «Histoire et portrait de la communauté chinoise de Tahiti» le livre de l'Association WEN FA, avec des photos somptueuses.

- « Identité, Hakka à Tahiti. HISTOIRE, RITES ET LOGIQUES » - Ernest Sin Chan - La culture Hakka, ses manifestations actuelles, comme sans doute ses expressions passées.

- « Cuisine d'Asie aux saveurs de Polynésie » - Bruno Siu – Editions Avant et Après

- « Hakka » de Jimmy Ly.